Scheuchzer, Johannes an Bernoulli, Johann I (1721.08.03)

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Autor Scheuchzer, Johannes, 1684-1738
Empfänger Bernoulli, Johann I, 1667-1748
Ort Zürich
Datum 1721.08.03
Briefwechsel Bernoulli, Johann I (1667-1748)
Signatur Basel UB, Handschriften. SIGN: L Ia 668, Nr. 136*
Fussnote



File icon.gif Monsieur mon Trescher Patron.

Vos Compassions sont aussy pieuses que justes envers un homme qui est condamné aux Minieres, souffrés que j'appelle ainsy le travail de faire un Catalogue exact d'une Bibliotheque deja fort nombreuse, et qui s'augmente de jour en jour. J'exerce pourtant ce manege avec une patience non pareille, à la quelle m'engage en partie le point d'honneur.

Milles obligations pour le beau recit de l'histoire du tremblement de Terre, qui s'est fait sentir si fort chez vous.[1] Dieu preserve Vôtre chere Patrie de maux semblables.

Hier partit d'icy M.r l'Econome Bodmer, banni pour jamais de Nôtre pays pour ses heresies Phanatiques. Il s'agissoit de 4 points à souscrire.[2]

1. de se trouver plus souvent à l'Eglise et aux[3] preches.

2. de se trouver plus frequent à la Sainte Communion.

3. de defendre à Son fils[4] de precher au peuple, et de l'astreindre à frequenter l'Eglise et la S.te Communion

4. d'eviter tout commerce avec les personnes pietistes.

Sa reponse là dessus êtoit.

1. Qu'il ne se laisse pas exclure de la frequentation de l'Eglise, ny s'y contraindre

2. de même qu'à la S.te Communion, la quelle il veneroit humblement, la reconnoissant pour la plus grande marque de l'Amour de Nôtre Sauveur.

3. Qu'il [n]e pouvoit faire aucune defense à Son fils.

4. Que selon la maxime de l'Evangile il ne reconnoisoit nulle puissance, qui soit en etat, de luy defendre le commerce avec les gens d'une pieté reconnüe.

Par là il s'est frayé le chemin au bannissement, apres un arrêt de 10 jours sur la maison de ville. Son fils, melancolique au dernier degré[5] et phanatique subit le même sort. C'est apparemment le dernier Acte de sa Scene. Il se passa une circonstance[6] fort remarquable dans ce proces. Lors qu'il êtoit constitué devant Mess.rs les Examinateurs et les Chanoines, il faisoit un grand Eloge de son fils; Et l'Examen contenoit entre autres choses cette expression, sein Sohn seye in die ähnlichkeit Gottes eingetretten; Lors que dans le Senat quelques membres en voulurent former un Blasphême, il fut ordonné d'en prendre de luy des plus precices informations, et que l'on devoit l'examiner là dessus. On fut etonné d'entendre de luy, que luy même reconnoissoit cette expression pour Blaspheme, que jamais de sa vie il n'avoit eu de pensées semblables, et qu'il se trouvoit extrement choqué, de ce qu'on avoit la hardiesse de luy attribuer des semblables expressions. Là dessùs l'Examen fut renvoyé à Mess.rs les Examinateurs; Leur[7] reponse êtoit, que quelques uns (1 ou 2 dont un avoit cette expression sur ses tablettes) se souvenoient fort bien de cette expression, et que le reste ne s'en souvenoit point, mais qu'ils la regardoient comme innocente en soy même: Le Secretaire ne voulut rien avoir entendu de pareil.

File icon.gif L'affaire de la Contagion en France, qui paroit se vouloir etendre de plus en plus, et celuy du bannissement de la Suisse du côté de l'Allemagne, fait beaucoup d'affaires aux Depputés de la Diete à Frauenfeld; Specialement après que les Cantons Catholiques ont retiré leur[8] main du bannissement des provinces infectées et des autres, voulants avoir un Commerce libre avec la France. Cependant Les Lettres, qui nous viennent de l'Empire, font voir que le bannissement est inevitable, si le Corps Helvetique ne consent pas generalment au bannissement de la France. C'est en verité une triste situation pour toute la Suisse, specialement, si, ce que S. A. le Duc de Virtemberg[9] ecrit, et l'entrée et la sortie sera generalement defendüe. Nos peuples generalement sont miserables; Et lorsque le commerce cesse, ce qui se faira infalliblement après le bannissement, la misere sera inexprimable. Dieu Nous preserve de touts les fleaux, que Nous avons pourtant si bien merités dans nôtre commune Patrie.

Je Vous felicite Monsieur de l'heureux accroissement de Vôtre chere famille, Le bon Dieu nous laisse voir touts vos fils sur les traçes de leur[10] tresdigne Pere; Votre Santé soit aussy durable que vous puissiés partager votre joye sur cet Article avec la Republique Literaire, qui avec justice fait des voeux pour Vôtre conservation. Mes tres humbles Respects, je vous supplie à Mad.e Votre treschere Epouse. Je suis comme je dois c'est à dire Infinement Monsieur mon Trescher Patron Votre treshumble et Tresobeissant Serviteur D.r J Scheuchzer.

Zuric ce 3.e Août 1721.


Fussnoten

  1. Zum Erdbeben von 1721.07.03 siehe Johann I Bernoullis Brief von 1721.07.23.
  2. Zur Figur des Pietisten Johann Heinrich Bodmer und zu seinem Prozess siehe Hanimann, Thomas, Zürcher Nonkonformisten im 18. Jahrhundert. Eine Untersuchung zur Geschichte der freien christlichen Gemeinde im Ancien Régime, Zürich 1990, pp. 23-42. Das Verhör vom 10. Juli 1721 ist protokolliert in Berichte der Examinatoren und Protokolle über die Verhöre von Johann Heinrich Bodmer sowie von dessen Sohn, Johannes Bodmer, 1721.07.08-1721.07.21, StAZ, E I 8.1, Nr. 57.
  3. Im Manuskript steht "au".
  4. Johannes Bodmer (1694-?).
  5. Im Manuskript steht "degrés".
  6. Im Manuskript steht "circonstane".
  7. Im Manuskript steht "Leurs".
  8. Im Manuskript steht "leurs".
  9. Eberhard Ludwig, Herzog von Württemberg (1676-1733).
  10. Im Manuskript steht "leurs".


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